Douce musique qui s’empart de l’esprit lorsque celui-ci s’ouvre, que les yeux se ferme et que l’âme se dénude lentement jusqu’au point ou la mélodie n’est plus entendue mais vécu et que la mémoire se laisse infiltrer sans aucune réticence. Le souvenir est superbe s’il est vécu au plus profond de sa gaîté ou de sa douleur.
Il y a dans un coin refoulé de mon esprit une image à laquelle j’aimerais ne plus pouvoir penser car de tous les souvenirs que je garde précieusement c’est principalement le plus paradoxal, faisant autant de mal qu’il fait de bien. Douce lumière d’un pâle voile de rosée printanière frémissant d’un hiver glacial, vision déferlante de la défaite la plus totale à l’abandon impossible. L’exaspération qui succède au feu des passions, l’envie et la peur.
Je la vois, aussi net qu’une photographie, une légère brise riante et imprégnée de la joie de l’illusion, une mélodie étrange qui s’entrecoupe d’accords désapprobateurs, imperceptible car aveugle et sourde, inaudible appel de la réalité, rien ne sera jamais plus coloré et plus faux que cette suite démoniaque de notes perdues à jamais.
L’incohérence se détache et l’âme perçoit, dépression inévitable, comme une piscine d’acides propices a l’illusion éternelle mais inaccessible pourtant, le mensonge majeur de la vie emmurée dans la folie de la perception erronée du sentiment le plus redoutable et le plus magistral. Sept sera la clé, la déroute engagée, et pour le jour le plus beau un échec mémorable de tortures psychiques.
L’image devient floue et se noie dans une mer houleuse aux relents alcoolisés et aux couleurs psychédéliques. Lentement la musique est de nouveau perçue avec une lente montée de plaisir ponctuée de larmes de désespoir, gages d’une émotion si forte qu’elle arrache en passant toutes les préoccupations laissant l’être vide et en proie à sa seule et déconcertante pensée.
Quentin Aymonier
~ par Quentin Aymonier le mars 19, 2008.
Publié dans Essais Littéraires
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